Les éditions^ermeille  
 

Lorsque la roue avant droite heurta la bordure du trottoir, Mickael se

remémora rapidement les vingt quatre heures précédentes.

Le cauchemar !...

Pourquoi avoir emprunté cette voiture, sans l’accord du  propriétaire ?...  Bien sûr, il s’agissait d’une superbe voiture. N’était-elle pas celle choisie par un ancien président de la république ?... Celle-ci ne comportait pas de carrosserie, ni de vitres blindées, mais l’intérieur était en véritable cuir souple de couleur grise, le même qui gainait le volant. Le tableau de bord se distinguait par des chromes auxquels  s’ajoutaient des éléments en de ronce de noyers. Il était tout simplement magique, et de dernière génération.

Mickael avait aussi été séduit par la généreuse motorisation. Les cent cinquante chevaux du moteur, alliés à une boite de vitesse automatisée, la rendaient grandiose. Sans parler du vernis impeccable de la carrosserie métallisée, auquel s’ajoutaient les jantes en alliage de toute beauté qui donnaient le plus bel aspect.

Le heurte avec le trottoir tira Mickael de sa torpeur.

    La sonorisation à fond, il sortit de cette musique irréelle venue des pays anglo-saxon pour prendre conscience de ce bruit métallique violent, choquant, déstabilisant…

Il était conscient qu’il avait trop bu, beaucoup trop, et que ses problèmes n’allaient pas s’arrêter là !

Il se souvint aussi qu’il n’avait pas de permis de conduire. Une épreuve idiote, et injuste estimait-il !... Il avait du repasser  trois fois le code de la route. Il ne suivait aucuns cours, ni à l’auto-école, ni en ligne sur internet. Mais Il n’avait pas le temps !...

L’épreuve de conduite aurait du se passer plus facilement. Mécanicien automobile, Il savait conduire !... Pourquoi cet inspecteur avait donné un avis défavorable ?... Parce qu’il ne s’était pas arrêté correctement au « STOP ». Quel imbécile !...

Sa petite amie aussi ne comprenait rien. Sabrina justifiait la décision de l’inspecteur. Elle lui donnait raison, n’importe quoi !

En pleine embrouille, il avait décidé de rejoindre les copains au bar du stade, et là, il s’était détendu. La tête encore prise par l’engueulade de la veille avec son patron, mêlé à l’énervement de la dispute avec sa compagne, l’avait incité ce dimanche de décembre, à rejoindre quelques copains, et à consommer bien plus qu’il n’aurait fallu. Youssef était présent, ainsi que julien, et les bouteilles avaient défilées.

La perte de contrôle du véhicule fut inévitable. Le camion qui venait de traverser Port Vendres, se présentait dans le virage à l’entée du port. Malgré les reflexes de son conducteur, et son arrêt instantané, le choc fut terrible !

Mickael comme dans un état second allait beaucoup trop vite dans cette descente, sans avoir tenu compte du panneau d’entrée d’agglomération.

Pourtant, avant cela, il se sentait en parfaite sécurité. Ne venait-il pas de contrôler les freins sur cette voiture disposant de toutes les options ?... Elle était venue en révision dans le petit garage de Collioure dans lequel il travaillait. Tout avait été vérifié, et tout était  OK.

Pris dans son allure, Mickael pensait comme dans un rêve que son véhicule et lui-même étaient  indestructibles. Il se sentait invincible. L’alcool l’avait placé dans un état euphorique. Il était à cent lieux de la réalité.

Au moment où il s’écrasait sur le camion, le pare-brise explosa, et la carrosserie raisonna dans un bruit fracassant.

Une femme et son enfant sursautèrent, pris de panique.

La claque qu’il reçu fut énorme, et tous les airbags se déclenchèrent instantanément. Mickael resta un instant étourdit, abasourdit. Il ne bougeait plus. Il revit en une fraction de seconde l’altercation avec son patron. Celui-ci dans un excès de colère lui avait signifié son licenciement. Il lui reprochait d’être en retard tous les samedi matins alors que les clients attendaient. Ce matin il avait battu les records : neuf heures et demie, au lieu de huit heures. Son employeur avait du appeler deux fois chez lui. Sans compter le procès qu’un client avait engagé pour une erreur de diagnostic.

-  C’est terminé, j’en ai vraiment mare. lui avait dit son patron. Tu viendras chercher ton compte lundi !

Il ne devait pas avoir le droit de procéder ainsi, mais Mickael comprenait qu’il avait mis la dose… Pourtant ayant conservé les clés du garage, cela ne l’avait pas empêché ce dimanche après midi, de décider de faire un tour avec cette voiture dont il rêvait. Après tout, il était viré, donc il n’avait plus rien à perdre !...

Il réalisa dans quel bourbier il s’était mis. La police allait sans doute l’interpeller, et il était bon pour la prison, sans compter toutes les conséquences… Port Vendres était tranquille ce dimanche soir de décembre. Le temps que les autres automobilistes s’arrêtent, il força la portière de gauche, qui résista un temps, puis s’ouvrit.

Il ressentait une violente douleur dans la jambe droite, et saignait abondamment du nez.

Malgré cette porte ouverte, il resta un instant à hésiter. Il avait envie de pleurer tant il se sentait tout à coup démuni, comme si le ciel venait de lui tomber sur la tête. C’était fini pour lui. Il prenait conscience que rien ne serait plus jamais pareil. Il réalisait son erreur, et se dit qu’il avait commis l’irréparable. Tout  allait se retourner contre lui. Personne ne lui trouverait d’excuse, il serait sans aucun doute, jeté en prison, puis oublié de tous. Il broyait du noir, et avait perdu cette adrénaline qui l’avait poussé à agir sans réfléchir. Maintenant, Il se sentait tout petit face à cet accident qui le dépassait. Il aurait voulu revenir en arrière et que rien de cela ne se soit passé.

Le chauffeur du camion tentait lui aussi de descendre. C’était un petit camion frigorifique de six tonnes. La porte gauche  était bloquée.

Au moment ou le conducteur tentait de sortir par l’autre porte, Mickael s’enfuit en s’engageant vers le port de pêche, où se trouvaient les entrepôts. Il trouva refuge derrière un groupe de grosses poubelles en attente d’être vidées,  alors qu’il entendait des sirènes hurler. C’était la police ou les pompiers, il ne savait pas les reconnaitre, mais il fallait se sortir de là rapidement !... Comment allait-il faire ?
 


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